mercredi 5 juin 2019

Condamné à me tuer, de Jonathan Destin


Auteur·trice·s : Jonathan Destin
Éditeur·trice : XO
Collection : Document
Pages : 199
Date de parution : 2013
Genre·s : Témoignage

Synopsis : En France, 14% des enfants ne se sentent pas en sécurité au collège. 10% sont victimes de harcèlement. Certains finissent par en mourir.

Jonathan est encore à l'école primaire lorsque les brimades, les insultes, les coups commencent. On se moque de lui, de son physique, de son nom de famille. Puis on le menace, on lui demande de l'argent, on lui dit qu'on va tuer ses parents. La peur et la honte l'empêchent de parler. Les adultes ne voient rien ou lui assènent que c est un jeu. Jonathan est seul face à ses bourreaux.

Le calvaire qu'il a enduré, jusqu'à s'immoler par le feu parce que la mort lui semblait être la seule solution, d'autres enfants le vivent tous les jours. Ils n'osent pas parler, sont en butte au déni des adultes et perdent tout espoir.

Jonathan a été brûlé à 72%. Il a passé trois mois dans un coma artificiel, a subi dix-sept opérations et continue de souffrir de douleurs incessantes.

Pour lui, aujourd'hui, la reconstruction passe par le partage de son histoire, afin que les enfants victimes

Mon avis : L'histoire de Jonathan, je la connaissais par le biais des médias, notamment celui de la télévision, puisque j'avais déjà eu l'occasion de le voir raconter ce qui lui était arrivé dans plusieurs émissions. 

Harcelé depuis l'école primaire, Jonathan a tenté de s'immoler par le feu à l'âge de seize ans parce que ça lui paraissait être la seule solution face au racket et aux brimades qu'il vivait. Brûlé à 72%, il a dû subir de nombreuses opérations et des douleurs insupportables. 

Ce livre a été écrit afin de mettre en garde les parents, les profs et adolescent·e·s face au harcèlement scolaire. Étant déjà sensibilisée sur le sujet, je n'en avais pas forcément "besoin" mais je voulais en apprendre plus sur ce jeune homme qui a voulu mourir à cause de ce qu'on lui faisait. 

En terme d'écriture, ne vous attendez pas à quelque chose de très élitiste : elle reste simple, accessible à tous·tes et c'est tant mieux. J'ai trouvé dommage que le terme le plus employé soit le suivant : "traiter" (souvent mis entre guillemets, d'ailleurs), pour dire qu'il se "faisait traiter de...". J'avais l'impression qu'il minimisait la gravité des actes (même si ce n'est probablement pas le cas), et il me semblait plus pertinent de parler directement de "brimades" et de "harcèlement", afin que les mots soient à la hauteur de ce qui était fait. 

Mais je ne veux pas juger le ressenti de Jonathan, qui a su se confier dans cet ouvrage afin de mettre en garde et d'alerter sur les dangers du harcèlement à l'école. Je trouvais ses propos justes, bien que je n'étais pas toujours d'accord (notamment sur la question de l'uniforme, qui, selon moi, ne réglerait pas le problème des moqueries dues aux classes sociales). Il a fait preuve d'un courage incroyable vis-à-vis de toutes les souffrances endurées. 

Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est d'avoir le point de vue de différentes personnes, principalement celui de sa mère, qui s'incrimine d'ailleurs dans ce qui est arrivé à son fils, alors qu'elle n'est en rien responsable de ce que les élèves ont pu lui faire : les coupables, c'est les personnes qui le rackettaient et qui le harcelaient. Les parents ont parfois tendance à s'en vouloir, à tort. 

Un témoignage fort et touchant sur l'histoire de Jonathan Destin, qui a été condamné à se tuer et qui s'en est sorti. Le harcèlement scolaire peut avoir de graves conséquences, et des ouvrages (ou autres supports) comme celui-ci pour faire de la prévention me semblent indispensables. 

15/20

mardi 28 mai 2019

Chi, une vie de chat, de Konami Kanata


Illustrateur·trice·s : Konami Kanata
Scénariste·s : Konami Kanata
Coloriste·s : Konami Kanata
Traducteur·trice·s : Fédoua Lamodière
Éditeur·trice : Glénat
Collection : Kids
Genre·s : Manga, jeunesse

Synopsis : Que faire quand on est un mignon petit chaton et que d'un coup, on se retrouve tout seul ? Pleurer ? Ne rien faire ? Attendre ? Non, il y a plus drôle que ça : découvrir le monde ! Du jardin public à la maison, des chaussures au vétérinaire, des balles rebondissantes aux plantes d'appartement... la vie de chat est pleine de joies et de surprises. Et avec Chi, elle l'est encore plus ! Miaaaa...

Mon avis : 

Tome 1 (162 pages) : Il y a longtemps que je voulais découvrir les histoires de cet adorable chaton au nom de Chi, avec un petit manga qui me semblait mignon comme tout. Je ne suis pas déçue, puisque c'est mignon. Les dessins de Chi m'ont totalement fait fondre, je craquais sur sa petite bouille (je ne suis pourtant pas une fana des chats). 

Côté histoire, il faut bien garder en tête qu'elle s'adresse aux enfants. Je n'ai donc pas été particulièrement portée par les aventures de Chi (même si j'aime beaucoup la littérature jeunesse). Ce premier tome, qui parle de l'apprentissage (en effet, Chi va vivre dans une famille humaine, et va devoir apprendre pleins de choses, notamment à être propre). s'adresse donc plutôt aux enfants. 

Pour conclure, j'ai beaucoup apprécié les dessins et j'ai trouvé le personnage de Chi très attachant, mais je ne sais pas trop quoi penser de l'histoire. J'ai beau aimer la littérature jeunesse, c'est peut-être un peu trop enfantin pour le coup... Je ne pense pas continuer cette saga, même si c'était une chouette lecture.

14/20

Tome 2 (154 pages) : Ayant apprécié le premier volume il y a quelques années, j'étais finalement curieuse de lire la suite, contrairement à ce que j'avais dit dans ma chronique de l'époque. 

Dans ce second tome, nous retrouvons Chi chez les Yamata qui va faire la connaissance d'un gros "monstre" noir qui l'effraie... avant qu'elle prenne conscience qu'il n'est pas méchant et qu'il s'agit d'un chat. Sa rencontre avec un nouvel aliment, "dulé" va donner lieu à des situations amusantes. 

Sans le vouloir, Chi fait pleins de bêtises mais la famille Yamata, qui semble profondément l'aimer, lui pardonne à chaque fois. 

J'avais complètement oublié le "zozotement" du chaton et j'ai trouvé ça original et assez drôle. 

Une dizaine de petites histoires mignonnes qui m'ont donné le sourire et peut-être la curiosité pour continuer cette saga, finalement. 

14/20

La servante écarlate, de Margaret Atwood


Auteur·trice·s : Margaret Atwood
Traducteur·trice·s : Sylviane Rué
Éditeur·trice : Robert Laffont
Collection : Pavillons poche
Pages : 522
Date de parution : 16 novembre 2017
Genre·s : Roman, science-fiction

Synopsis : Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Mon avis : Publié dans les années 80, ce roman connaît un succès depuis quelques années, d'autant plus depuis l'adaptation en série télé (que j'espère visionner bientôt), et il me semblait impossible de passer à côté. Le challenge FeminiBooks avec la thématique pour le mois de mai (à savoir "Lire un livre de science-fiction dont l'héroïne est une femme") semblait tout trouver pour le sortir de ma pile à lire. 

Nous allons suivre Defred, une femme qui a été séparée de force de son mari Luke et de leur fille. Elle est amenée dans une sorte de couvent, désormais servante écarlate, destinée à procréer pour les Commandants et les Épouses. Elle nous raconte son quotidien dans ce milieu carcéral, dans un monde les droits des femmes ont été retirés. Du jour au lendemain, elles n'ont plus eu le droit de travailler ou de disposer d'une carte de crédit. Defred est maintenant obligée d'enfanter pour autrui et évoque alors ses souvenirs et son désir que les choses changent. 

Au départ, j'étais peu enthousiaste en lisant cet ouvrage, puisque je trouvais la plume de l'autrice un peu froide : nous en savions peu sur Defred et ça me semblait impersonnel. Mais, au fur et à mesure de ma lecture, quelques réponses étaient apportées (bien que d'autres restaient en suspens), et je me suis prise à tourner les pages presque avec frénésie, quand je commençais à lire. 

Ce qui est intéressant - et terrifiant ! - avec les dystopies, c'est qu'elles finissent toujours par s'approcher de la réalité... Cet ouvrage a été publié il y a plus de trente ans et, alors que j'ai commencé à le lire, certains États des États-Unis ont mis en place des lois interdisant l'avortement. Bien sûr, il ne se passe pas la même chose que dans ce roman, mais il semble être une perspective possible de l'avenir. 

Parfois, j'avais froid dans le dos ou envie de pleurer, parce que je sentais que ça pouvait devenir vrai. Quels droits allons-nous conserver en tant que femmes, dans le futur ? Ils semblent ne s'appuyer sur rien, et il reste tant de chemin à parcourir pour atteindre l'égalité... Alors oui, je sais que l'autrice ne dit pas que ce livre est féministe (puisque la condition des hommes dans l'histoire n'est pas bien plus enviable), mais il s'en approche et est souvent qualifié ainsi. 

Il s'agit d'un roman aux allures prémonitoires effrayantes, que j'ai beaucoup aimé et qui me marquera longtemps.  

17/20