mercredi 22 mars 2017

Le rapport de Brodeck, de Manu Larcenet et Phillippe Claudel

Auteur·trice·s : Philippe Claudel
Illustrateur·trice·s : Manu Larcenet
Scénariste·s : Manu Larcenet
Éditeur·trice : Dargaud
Genre : Bande-dessinée, drame

Synopsis : Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. 

Moi je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.

Mais les autres m'ont forcé : "Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études." J'ai répondu que c'étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d'ailleurs, et qui n'ont pas laissé un grand souvenir. Ils n'ont rien voulu savoir : "Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. 

Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s'embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront". 


Mon avis : 

Tome 1 (158 pages) : Dans cette histoire, nous suivons un homme, Brodeck, revenu depuis peu des camps, qui va se retrouver bien malgré lui mêlé à une sombre affaire de meurtre. Venu chercher du beurre, il rentre dans l'auberge du village, bondée. Seul l'Anderer, l'étranger, est absent, et Brodeck va rapidement comprendre que ce dernier a été assassiné par les autres... Ceux-là vont lui demander de rédiger un rapport pour expliquer leur geste, les dédouaner. Oppressé et contraint, il se lance dans la rédaction mais, en parallèle à cela, écrit une toute autre vérité... 

C'est dans un décor sombre, avec des planches uniquement en noir et blanc, que nous allons suivre cette histoire. L'ambiance est tendue, aussi glaciale que l'air que respire Brodeck. De nombreuses cases sont muettes, mais Manu Larcenet y transmet tout de même quelque chose, au travers ces sublimes illustrations. Il alterne entre paysages enneigés et images plus sombres, tout comme certains personnages sont fondamentalement bons (comme Brodeck) et d'autres sont mauvais, comme ceux qui le surveillent. 

Au fur et à mesure, grâce à des retours en arrière, nous en apprenons plus sur l'Anderer et son arrivée dans le village, ainsi que l'histoire de Brodeck. 

C'est avec grand plaisir que j'ai découvert cette bande-dessinée, adaptée du roman de Phillippe Claudel, que j'ai désormais très envie de lire. Une fois encore, Manu Larcenet a su faire preuve de talent, que j'avais déjà découvert en lisant Blast.

16/20

Tome 2 (165 pages) : Après un très bon premier tome, j'ai rapidement ouvert celui-ci afin de savoir pourquoi les villageois avaient tué l'Autre, l'Anderer ? Brodeck doit toujours écrire le rapport pour "expliquer" ce geste en dédouanant les criminels, ce qu'il ne désire pas faire... Qui va gagner, de l'homme innocent qui désire la justice, et des assassins sans pitié qui ne regrettent pas leur geste ? 

Encore une fois, les dialogues sont assez peu présents, mais il est quand même possible de comprendre ce qui se passe, d'en saisir l'ambiance... sombre et pesante. 

Je n'ai pas lu le roman de Philippe Claudel, mais cette adaptation est très noire, en tous cas. C'est le genre d'ouvrage que j'ai envie de relire dans ma vie, afin de mieux le comprendre, mieux le découvrir...

16/20

mardi 21 mars 2017

Mon fils victime de happy slapping, d'Angèle Martin

Auteur·trice·s : Angèle Martin
Éditeur·trice : Eyrolles
Pages : 149
Date de parution : 10 septembre 2015
Genre : Témoignage

Synopsis : À 11 ans, Romain est un collégien sans histoires qui débute son année de 5e. Il vit avec sa famille dans une petite ville calme et partage ses journées entre cours, copains et football. 
Un jour de novembre, au sein de son établissement scolaire, il est maintenu au sol par une bande d'élèves et roué de coups de pieds. La scène sera publiée sur les réseaux sociaux. 
Romain et sa famille l'ignorent encore, ce qui s'est déroulé dans la cour de l'école a été sciemment organisé pour en diffuser la vidéo en ligne. Cette pratique cruelle de passage à tabac se nomme le Happy slapping. 
Ce témoignage relate le long combat de Romain et de sa mère pour identifier les auteurs de l'agression, interdire la diffusion de la vidéo et mettre des mots sur la violence du traumatisme. 


Mon avis : Quand j'ai vu ce livre à la médiathèque, je l'ai emprunté sans l'ombre d'une hésitation. Avant cette lecture, je ne connaissais pas le principe de happy slapping. Je savais qu'il existait des élèves frappés, tabassés, et filmés, pour que la vidéo soit diffusée sur les réseaux sociaux. C'est ce qui est arrivé à Romain, onze ans à l'époque. Dans ce livre, sa mère, professeure, va être horrifiée en apprenant ce qui est arrivé. Petit à petit, son fils va faire des cauchemars, être malade au collège, oublier ses cahiers, etc. Heureusement, sa famille sera présente pour lui à chaque instant. 

Ce livre, c'est le témoignage de sa mère, qui raconte le long calvaire vécu par son fils et toute leur famille, et le combat pour obtenir la justice. 

Sensibilisée au harcèlement scolaire, j'ai été très touchée par cette histoire. Je n'ose imaginer la douleur de Romain (et de sa famille) en apprenant qu'il avait été filmé dans ce moment humiliant, et que n'importe qui pouvait visionner la vidéo sur Internet... Le manque de compassion et de réaction m'a énervée au plus haut point, sans pour autant me surprendre. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire... C'est souvent ce qui arrive dans ce genre de situation, malheureusement. La détermination et le courage d'Angèle Martin et de son fils Romain sont admirables, face à une justice et des personnes qui ne voulaient rien savoir.

Même si ce qui est arrivé à Romain est terrible, cela permet de lever le voile sur une nouvelle mode : le happy slapping, tout en évoquant le sujet du harcèlement (qui est intrinsèquement lié, selon moi). C'était un témoignage intéressant, et je suis contente d'avoir eu l'occasion de le découvrir.

14/20

samedi 18 mars 2017

Marche ou crève, de Richard Bachman (Stephen King)

Auteur·trice·s : Richard Bachman (Stephen King)
Traducteur·trice·s : France-Marie Watkins
Éditeur·trice : Le Livre de Poche
Pages : 379
Date de parution : 2009
Genre : Science-fiction, thriller

Synopsis : Garraty, un jeune adolescent natif du Maine, va concourir pour "La Longue Marche", une compétition qui compte cent participants. 
Cet événement est très attendu. 
Il sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. 
Mais ce n'est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi...
Garraty a tout intérêt à gagner.
Le contraire pourrait lui coûter cher. 
Très cher... 


Mon avis : Dans ce roman, nous allons suivre cent jeunes garçons qui participent à la Longue Marche, suivie chaque année par des milliers de téléspectateur·trice·s. Parmi les marcheurs, Ray Garraty, autrement appelé le "Champion du Maine" ou le "numéro 47", qui participe sans trop savoir pourquoi. Le but ? Marcher jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un. Le prix pour le gagnant ? Tout ce qu'il désire. Et les perdants ? Ils sont tous abattus d'une balle dans la tête, éliminés un par un. 

Si l'un des marcheurs a un comportement suspect ou a une allure inférieure à 6,5km/heure, il reçoit un avertissement (qui sera levé au bout d'une heure de marche). Après le troisième avertissement, le marcheur est abattu. 

Nous allons suivre Garraty et les jeunes hommes qu'il va rencontrer lors de la Longue Marche à travers l'Amérique : Mc Vries, Olson, Stebbins, Abraham, Barkovitch... et tous les autres participants. Marche ou crève, cette expression prend tout son sens dans cette histoire. 

Au début, j'avais du mal à accrocher et finalement, j'ai bien aimé ma lecture. Les marcheurs discutent entre eux : de la vie, de la mort, de la Longue Marche, de leur vie... Comme les personnes dans la foule, j'étais fascinée en les suivant. Qu'il est bon d'être chez soi, dans son petit confort, en lisant cette histoire surréaliste où les personnes qui ne sont pas suffisamment rapides meurent. Et pourtant, chaque année, toujours autant de participants. 

Au fur et à mesure de la Longue Marche, les jeunes hommes, au départ sains de corps et d'esprits, finissent à l'état de zombie à force d'avaler les kilomètres, la fatigue, l'odeur omniprésente de la mort... 

Le bémol de ce roman, c'est qu'il y a des passages assez répétitifs. Même si les interactions entre les différents personnages sont très intéressants, les événements finissent par se ressembler entre eux. Malgré cela, j'ai apprécié cette lecture et j'ai passé un très bon moment. Stephen King (qui a publié ici sous le nom de Richard Bachman) a réussi à rendre cette Longue Marche captivante.

13/20

jeudi 9 mars 2017

Rides, de Paco Roca

Auteur·trice·s : Paco Roca
Illustrateur·trice·s : Paco Roca
Traducteur·trice·s : Carole Ratcliff
Éditeur·trice : Delcourt
Collection : Mirages
Pages : 100
Date de parution : Février 2007
Genre : Bande-dessinée, contemporain

Synopsis : Admis dans une résidence pour le troisième âge parce qu'il souffre de la maladie d'Alzheimer, Ernest ressent la vie en collectivité comme une épreuve. Mais il accepte bientôt son nouvel environnement et décide de se battre afin d'échapper à la déchéance à laquelle son mal le destine. Pour l'auteur, la communauté des hommes est pareille à une bibliothèque dans laquelle les livres s'amoncellent en montagnes de papier jaunissant peuplées de rêves et de fantaisies. L'usure de toute une vie les couvre de rides, et certains voient les lettres de leurs pages s'effacer, feuille après feuille, jusqu'à redevenir entièrement blanches. Malgré cela, les émotions les plus intenses survivent, préservées comme un trésor caché sur une île lointaine...

Mon avis : J'avais été très touchée par la bande-dessinée Pour la vie de Stassi et Goupil, et c'est là que quelqu'un m'avait recommandé Rides. Alors, quand j'ai vu ce dernier à la médiathèque, je n'ai pas hésité une seconde !

L'histoire, c'est celle d'Ernest, un homme d'un certain âge qui arrive en maison de retraite. Il se sent délaissé par sa famille, mais il est très bien accueilli par Emile, un autre pensionnaire avec lequel il partage sa chambre. Ce dernier lui fait visiter l'endroit et lui présente les autres personnes. C'est à la fois drôle et triste de voir le comportement des différents personnages. Ernest, quant à lui, ne prend pas conscience de sa maladie. 

Cette bande-dessinée m'a permis de prendre d'autant plus conscience de la solitude et de la tristesse qui régnait dans les maisons de retraite, dans lesquelles je me suis toujours sentie mal à l'aise. Paco Roca a su très bien dresser le portrait de ces lieux : des personnes, souvent perdues, réglés uniquement par les horaires de repas et du coucher. Je me sens impuissante face à tout cela, et en même temps, je ne vais pas souvent voir ma grand-mère à la maison de retraite, ma grand-mère qui n'a plus tout sa tête. 

Je me demande ce qu'il peut bien nous rester, quand nous perdons nos souvenirs. Cela doit être terrible, d'autant lorsque nous prenons conscience de la maladie. C'est un récit très touchant, et il l'est devenu encore plus lorsque j'ai appris à la fin que les personnages étaient inspirés de personnes ayant réellement existé.


15/20

mardi 7 mars 2017

Shutter Island, de Christian de Metter et Dennis Lehane


Auteur·trice·s : Dennis Lehane
Illustrateur·trice·s : Christian de Metter
Scénariste·s : Christian de Metter
Traducteur·trice·s : Isabelle Maillet
Éditeur·trice : Rivages/Casterman
Collection : Noir
Pages : 128
Date de parution : 2008
Genres : Comics, thriller

Synopsis : Boston, années 50. Deux marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, se rendent pour les besoins d’une enquête sur une île étrange, Shutter Island, sur laquelle est établi un institut psychiatrique très spécial, qui n’accueille que les fous criminels particulièrement dangereux. Mais à vrai dire, tout est spécial sur Shutter Island, comme le relèvent les deux enquêteurs dès leur arrivée : les locaux, le personnel d’encadrement, les médecins, sans oublier la lourde atmosphère de secret qui semble peser sur les hommes et les choses. Alors qu’une forte tempête s’approche, qui condamnera les fédéraux à demeurer sur l’île pour une durée indéterminée, tout se met en place pour un terrifiant huis-clos…

Mon avis : J'avais découvert Shutter Island à travers le film où Di Caprio joue le rôle principal, et j'avais ensuite lu le roman. J'étais très curieuse de découvrir l'adaptation en bande-dessinée. J'avais en effet adoré le livre, et l'adaptation cinématographique (qui est l'un de mes films préférés, d'ailleurs). 

Nous sommes à Boston, dans les années 50, et nous allons suivre deux marshals fédéraux, Teddy Daniels et Chuck Aule, envoyés sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique qui accueille des fous criminels. Ils sont chargés d'enquêter sur la disparition d'une des patientes. Rapidement, nous comprenons, comme les deux hommes, que quelque chose ne tourne pas rond dans cet endroit. 

L'atmosphère est lourde, pesante, et Christian de Metter a su très bien retranscrire cela avec des couleurs sombres. C'est un thriller qui nous mène au tréfonds de l'âme humaine. Nous allons rencontrer des personnages capables des pires horreurs, et nous ne savons pas bien qui est fou/folle entre les patient·e·s ou les médecins, sur cette île... 

Je connaissais déjà la fin, mais je sais que j'avais été plus que surprise en la découvrant pour la première fois. Dennis Lehane a écrit un livre fantastique, qui a été très bien adapté en bande-dessinée. 

Vous avez désormais plusieurs supports pour découvrir ce chef d'oeuvre... Donc aucune excuse ;) !

16/20

Steak Machine, de Geoffrey Le Guilcher


Auteur·trice·s : Geoffrey Le Guilcher
Éditeur·trice : Goutte d'Or
Pages : 169
Date de parution : Février 2017
Genre : Essai, témoignage

Synopsis : Un CV imaginaire, une fausse identité, et un crâne rasé. Steak Machine est le récit d'une infiltration totale de quarante jours dans un abattoir industriel en Bretagne. Geoffrey Le Guilcher a partagé le quotidien des ouvriers : les giclées de sang dans les yeux, les doigts qui se bloquent et les défonces nocturnes. Un univers où, selon un collègue de l'abattoir, "si tu te drogues pas, tu tiens pas". L'usine ciblée par le journaliste abat deux millions d'animaux par an. Une cadence monstrueuse qui mène inéluctablement au traitement indigne des hommes et des animaux.

Mon avis : Qu'est-ce qui se passe dans les abattoirs ? C'est une question que peu de personnes se posent, parce qu'elles n'ont pas forcément envie de le savoir. Pourtant, incité par son éditrice, le journaliste Geoffrey Le Guilcher décide d'enquêter sur ces lieux un peu tabous. 

Pendant quarante jours, il va s'infiltrer dans un abattoir breton en se faisant embaucher par une boîte d'intérim. Dans Steak Machine, il nous raconte son expérience. Ses collègues, les patrons, les difficultés, les problèmes de santé - physiques et/ou psychologiques - que connaissent les employé·e·s qui côtoient la mort chaque jour, les tabous autour de la tuerie (là où les animaux sont tués), le travail à la chaîne, les cadences, etc. 

Grâce à ce livre, j'ai pu constater ce que je pensais déjà : dans les abattoirs, il n'y a pas que les animaux qui souffrent. Il y a aussi des êtres humains, cassés, abîmés, parfois bousillés par ce travail ingrat dont nous n'osons pas parler. 

Le travail à la chaîne est pénible en soi, mais à l'abattoir, il s'ajoute d'autres contraintes que cela, le bruit, le froid, la chaleur, les douleurs : pour les personnes qui sont à la tuerie, des cadences à tenir alors qu'ils sont face à des êtres vivants "qui n'ont pas envie de mourir, qui se débattent". Je mets des guillemets parce que ce sont les mots de Geoffrey Le Guilcher lors de la rencontre à Rennes. (J'en profite pour dire que c'est une personne très sympathique, et son éditrice également).

Je trouve très intéressant que le point de vue des ouvriers et ouvrières soit abordé, et pas uniquement le problème d'éthique animale que ces lieux de la mort posent. Ce que le journaliste voulait faire en s'y infiltrant, c'est découvrir comment les choses se passaient. Et si je vous en parle aujourd'hui, c'est pour que vous vous intéressiez à votre tour à ce sujet de société qui nous concerne tou·te·s : la souffrance humaine et animale due aux abattoirs.

16/20