jeudi 21 septembre 2017

La différence invisible, de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline


Auteur.trice.s : Julie Dachez
Illustrateur.trice.s : Mademoiselle Caroline
Scénariste.s : Julie Dachez et Mademoiselle Caroline
Éditeur.trice : Delcourt
Collection : Mirages
Pages : 195
Date de parution : 31 août 2016
Genre : Bande-dessinée, témoignage

Synopsis : Marguerite se sent décalée et lutte chaque jour pour préserver les apparences. Ses gestes sont immuables, proches de la manie. Son environnement doit être un cocon. Elle se sent agressée par le bruit et les bavardages incessants de ses collègues. Lassée de cet état, elle va partir à la rencontre d’elle-même et découvrir qu’elle est autiste Asperger. Sa vie va s’en trouver profondément modifiée.

Mon avis : Un livre qui avait attiré mon attention il y a environ un an, sans que je sache vraiment de quoi il en retournait. Je l'ai vu à la médiathèque, je l'ai emprunté sans trop me poser de questions. 

Nous suivons Marguerite, qui a 27 ans, et qui travaille dans un bureau. Elle a un petit ami, et elle aime les journées ensoleillées, les animaux, la cuisine végétarienne, et le chocolat. Une jeune femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire, mais elle a une différence : la différence invisible. Elle ne parvint pas à s'adapter socialement, préfère la solitude, ne supporte pas le bruit, et tient absolument à avoir une routine. 

Cette histoire, c'est le témoignage de l'autrice, Julie Dachez, qui s'est découverte Asperger. C'est une forme d'autisme légère. Un syndrome qui peut passer complètement inaperçu, c'est pourquoi Marguerite, alias Julie, ne comprenait pas d'où venait ce "décalage" avec les autres. Elle a rencontré Caroline, libraire appréciant dessiner, à laquelle elle a fini par demander d'illustrer ce livre.

Une bande-dessinée principalement en noir et blanc, avec quelques touches de couleur, où ce qui peut troubler Marguerite est mis en avant (le bruit et le brouhaha sont en rouge, par exemple). Cette immersion dans sa vie est totale, tout est fait pour que nous puissions mieux la comprendre. 

Et ce n'est pas triste. La seule chose qui est malheureuse, c'est le traitement réservé à Marguerite (et probablement aux personnes atteintes d'Asperger en général) : une incompréhension qui mène à minimiser la souffrance de la personne, voire à lui demander de "se faire soigner". J'ai trouvé que certaines personnes étaient très violentes avec elle, et pourtant, je n'étais pas surprise.

C'est un formidable ouvrage qui m'a permis d'apprendre et de me sensibiliser sur le sujet, avec une histoire touchante et des illustrations vraiment plaisantes. J'ai ainsi passé un moment de lecture à la fois éducatif et sympathique.

16/20

Les Ogres-Dieux, de Hubert et Bertrand Gatignol

Auteur.trice.s : Hubert
Illustrateur.trice.s : Bertrand Gatignol
Scénariste.s : Bertrand Gatignol 
Editeur.trice : Soleil
Collection : Métamorphose
Genres : Bande-dessinée, fantastique

Synopsis : Toute l'histoire d'une famille et de ses membres nous est contée à travers celle de Petit, né à peine plus grand qu'un humain. 

Héritage, coutumes, tiraillements... Un superbe récit gothique autour du déterminisme familial. 

Mon avis : 

Tome 1 (174 pages) : Petit va naître dans une famille d'ogres, et il est si petit que son père, le roi, va aussitôt le renier. Pour sauver son enfant, sa mère va faire croire à sa mort, et va le confier aux mains de Desdée, la tante du roi. C'est également une ogresse, mais qui a bon coeur et refuse de manger les êtres humains. C'est à ses côtés que Petit va grandir, conservant les instincts féroces de sa famille. Sa mère vient régulièrement le voir, en cachette, et l'incite à manger des humains. Elle a pour but qu'il fasse un enfant avec une femme, pour perpétuer la lignée des géants qui se porte mal. 

J'avais entendu parler de cette saga en bande-dessinée, et je dois dire que la magnifique couverture me faisait terriblement envie, si bien que je n'ai pas hésité une seconde pour le lire. Et je ne le regrette pas...! 

Petit est attachant, qui tente de garder ce que sa tante Desdée lui a appris, et qui est sensible au sort des humains... Mais son héritage familial est pesant. Il lutte contre sa mère et ses instincts. Quant à sa tante, c'est également un personnage attachant, avec sa propre façon de penser.

Au fur et à mesure de la lecture, nous en apprenons plus sur la généalogie et l'histoire de la famille d'Ogres-Dieux, puisque nous trouvons des pages consacrées aux cinq générations. Ces passages étaient passionnants, et sont vraiment utiles pour mieux comprendre ce que nous lisons. 

Les illustrations sont magnifiques, entièrement en noir et blanc, à l'esprit gothique. L'aspect gigantesque des personnages est tout à fait bien présenté à l'image, et le parallèle avec les humains n'en est que saisissant.

C'est un superbe conte, aussi bien au niveau du texte que des dessins, et il me tarde de lire la suite.

16/20

Culottées, de Pénélope Bagieu

Auteur.trice.s : Pénélope Bagieu
Illustrateur.trice.s : Pénélope Bagieu
Éditeur.trice : Gallimard
Collection : Bande-dessinée
Pages : 143
Date de parution : 22 septembre 2016
Genres : Bande-dessinée, biographie

Synopsis : Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclats les préjugés.

Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin.

Mon avis :
J'avais très envie de découvrir ce livre, d'une part parce que j'apprécie le travail de Pénélope Bagieu et, d'autre part, parce que je suis féministe. Alors là... quinze portraits de femmes qui ont fait avancer la cause des droits des femmes ? Je dis oui ! Un grand oui !

Clémentine Delait, femme à barbe ; Nzinga, reine du Ndongo et du Matamba ; Margaret Hamilton, actrice terrifiante ; Las Mariposasas, les sœurs rebelles ; Josephina van Gorkum, amoureuse têtue ; Lozen, guerrière et chaman ; Annette Kellerman, sirène ; Delia Akeley, exploratrice ; Joséphine Baker, danseuse, résistante, mère de famille ; Tove Jansson, peintre, créatrice de trolls ; Agnodice, gynécologue ; Leymah Gbowee, travailleuse sociale ; Giorgina Reid, gardienne de phare ; Christine Jorgensen, célébrité ; Wu Zetian, impératrice. 

Des femmes inspirantes, mises en lumière par l'autrice et illustratrice Pénélope Bagieu, dans cette bande-dessinée. Les dessins, un peu brouillons, mais colorés et avec une touche d'humour, permettent de s'immerger dans la vie de ses personnages. 

Ces portraits nous montrent des femmes qui n'ont ou n'avaient pas peur du qu'en-dira-t-on et de ce qu'on pourrait leur faire si elles osaient s'affirmer, dans une société patriarcale. L'ouvrage ne se revendique pas féministe, mais il l'est. Il permet de mettre en avant ces femmes, souvent oubliées. De mettre en avant toutes les femmes, bien trop souvent ignorées. 

Une superbe bande-dessinée à mettre entre toutes les mains. Pour ma part, j'ai déjà envie de lire le second tome ! 

16/20

mardi 19 septembre 2017

Quatre soeurs, tome 2 : Hortense, de Malika Ferdjoukh


Auteur·trice·s : Malika Ferdjoukh
Éditeur·trice : L'Ecole des Loisirs
Collection : Médium
Pages : 192
Date de parution : 2003
Genre : Jeunesse

Synopsis : Hortense, sur SA falaise, tient SON journal intime.
Elle y raconte combien c'est dur d'être 1 sur 5, une parmi la multitude, surtout quand cette multitude est composée de :
- Charlie qui veut tout réparer à la Vill'Hervé et regarder à la dépense au lieu d'épouser Basile le docteur, de vivre à ses crochets et de fêter Noël au foie gras.
- Geneviève qui ment alors qu'elle ne ment jamais.
- Bettina qui est odieuse avec les êtres les plus sensibles de l'univers, à savoir : elle, Hortense, et Merlin Gillespie, le livreur magicien de Nanouk Surgelés, très, très laid à l'extérieur, mais si, si beau à l'intérieur.
- Et Enid qui a des conversations à bâtons rompus avec son ami Gnome de la Chasse d'eau.
Hortense se demande ce qu'elle va devenir. Architecte de monuments éternels ? Zuleika Lester, du feuilleton Cooper Lane ? Chirurgienne de maladies incurables ? Et si c'était comédienne ? Une idée folle, complètement Saint-Pierre-et-Miquelon, comme dirait Muguette, la locataire malade de la maison voisine.
Hortense sait que pour devenir comédienne, il faut une présence, une voix, de la mémoire, mais surtout de l'entraînement. Alors elle referme SON journal, elle quitte SA falaise, et elle fonce.

Mon avis : J'ai rencontré les cinq sœurs il y a déjà deux ans, avec le premier tome, Enid. Cette fois, nous faisons plus ample connaissance avec Hortense, qui tient un journal intime. Elle va faire la connaissance de sa nouvelle voisine, Muguette qui est malade et qui va l'inciter à faire du théâtre. 

Du côté de autres membres de la fratrie, Charlie tente de préparer Noël avec le peu d'argent qu'elles ont, Geneviève cache quelque chose, Bettina repousse Merlin, le livreur qu'elle trouve très laid, et Enid pose pleins de questions et parle à son ami Gnome de la Chasse d'Eau.

J'ai trouvé qu'Enid avait moins d'importance, c'est probablement le personnage dont nous entendons le moins parler cette fois, peut-être parce que le premier tome se concentrait principalement sur elle. En revanche, j'ai trouvé que Bettina prenait beaucoup d'importance... Un peu trop, même. J'avais l'impression de lire son histoire à elle, et pas celle d'Hortense. 

J'étais contente de retrouver les jeunes filles, avec leurs caractères si différents, puisque je me suis attachée à elles. J'ai passé un bon moment de lecture, j'ai bien aimé Muguette et Merlin, les nouveaux arrivants. J'ai trouvé l'histoire entre Merlin et Bettina plaisante, même si elle prenait trop de place à mon goût. 

Les parents décédés sont toujours abordés avec délicatesse, sans pour autant tomber dans le pathos. Cette fois, la maladie est également un sujet important du roman, mais rien de larmoyant. C'est une histoire qui, malgré ces drames, reste distrayante et très sympathique. 

14/20

Etranger à Berlin, de Paul Dowswell


Auteur·trice·s : Paul Dowswell
Traducteur·trice·s : Nathalie Peronny
Éditeur·trice : Naïve
Collection : Land
Pages : 430
Date de parution : 2009
Genre : Jeunesse, historique

Synopsis : Quand ses parents meurent, en 1941, Piotr, jeune garçon polonais, est placé dans un orphelinat à Varsovie. Il est rapidement repéré : sa grande taille, ses cheveux blonds et ses yeux bleus font de lui un modèle accompli du type aryen prôné par Hitler... Un haut dignitaire nazi souhaite l'adopter : Piotr, rebaptisé Peter, est accueilli dans sa nouvelle famille à Berlin. Mais Peter sent bien que pour les autres, il reste un étranger. Tous ses efforts tendent à convaincre son entourage du contraire, quitte à faire quelques compromis... C'est alors qu'il rencontre Lena... et qu'il découvre grâce à elle le vrai visage du nazisme. Il est temps pour lui de choisir son camp. Et de prendre des risques...

Mon avis : J'avais envie de lire Etranger à Berlin depuis une éternité, aussi n'ai-je pas hésité lorsque je l'ai vu dans les rayons de la médiathèque. L'histoire, c'est celle de Piotr, un polonais qui vient de perdre ses parents en 1941 et qui est placé dans un orphelinat à Varsovie. Ses yeux bleus et ses cheveux blonds, ainsi que sa taille, font de lui le parfait modèle aryen... il va ainsi être adopté par un homme haut placé et nazi, et va être appelé Peter et se retrouver dans sa famille d'accueil, à Berlin. Mais sa rencontre avec Lena va lui ouvrir les yeux sur le nazisme... 

Bien sûr, il est possible de se dire que cela ne fait qu'un livre de plus sur la Seconde Guerre Mondiale. Mais nous allons suivre ici un jeune polonais qui va être accueilli par une famille qui prône les idées d'Hitler, et qui ne sait pas franchement quoi en penser. Autant dire qu'aborder l'embrigadement et l'engagement me semblait être une bonne idée. 

J'ai trouvé très intéressant d'être plongée au cœur de l'Allemagne nazie, de voir comment les personnes y vivaient, les divergences d'opinion, l'embrigadement et, au contraire, la rébellion et l'opposition... Il est même important de noter que la pression sociale, les menaces sur la famille, le chantage... amènent un certain nombre de personnes à se taire, voire à participer sans pour autant prendre conscience de ce qui se passe réellement pour les personnes opprimées. 

J'ai trouvé le personnage de Peter - alias Piotr - vraiment plaisant. Il a ses propres idées, il va rapidement comprendre que quelque chose ne tourne pas rond, et sa rencontre avec Lena ne fera que renforcer ses convictions. La propagande nazie est permanente, même au moment de Noël, où tous les cadeaux dans sa famille d'accueil seront antisémites. 

Ce genre d'ouvrage est essentiel pour que les plus jeunes puissent comprendre l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale, et pour éviter que les événements se répètent... J'ai réussi à mieux comprendre le fonctionnement de l'Allemagne nazie et les jeunesses hitlériennes. L'atmosphère est sans cesse tendue, le tout est très oppressif puisque je me demandais ce qui allait advenir des différents personnages. 

Un roman réussi et très plaisant, et qui se lit vite tant nous sommes plongé.e.s au cœur de l'histoire, avec Peter, Lena et les autres... 

15/20