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dimanche 24 novembre 2019

Propriété privée, de Julia Deck


Auteur·trice·s : Julia Deck
Éditeur·trice : Éditions de Minuit
Pages : 174
Date de parution : 5 septembre 2019
Genre·s : Roman, contemporain

Synopsis : Il était temps de devenir propriétaires. Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore, bâtie en beaux matériaux durables. Aux confins de la ville se tramaient des écoquartiers. Notre choix s'est porté sur une petite commune en pleine essor. Nous étions sûrs de réaliser un bon investissement.

Plusieurs mois avant de déménager, nous avons mesuré nos meubles, découpé des bouts de papier pour les représenter à l'échelle. Sur la table de la cuisine, nous déroulions les plans des architectes, et nous jouions à déplacer la bibliothèque, le canapé, à la recherche des emplacements les plus astucieux. Nous étions impatients de vivre enfin chez nous.
Et peut-être aurions-nous réalisé notre rêve si, une semaine après notre installation, les Lecoq n'avaient emménagé de l'autre côté du mur mitoyen.


Mon avis : Très intéressée par cet ouvrage de la rentrée littéraire, je me suis laissée tenter sachant que l'autrice venait à Rennes. Ainsi, j'ai acheté et lu le roman avant la rencontre. C'était un très chouette moment, plutôt convivial et intimiste, où Julia Deck a pu répondre aux questions du journaliste mais aussi aux nôtres.

Selon moi, ce livre annonçait une sorte de thriller (ce qui me surprenait, venant des éditions de Minuit). L'histoire, c'est celle d'un couple qui s'installe dans un éco-quartier, proche de Paris, pensant avoir trouvé un endroit rêvé pour accéder à la propriété tout en respectant leurs convictions écologiques. Seulement, iels vont rapidement avoir des ennuis avec les Lecoq, qui vivent de l'autre côté du mur... 

Ce roman est relativement court et est défini par l'autrice comme une "comédie tragique", terme avec lequel je suis plutôt d'accord. Dans la première partie, la narratrice nous raconte son emménagement avec son mari, et leur relations avec leurs voisin·e·s, mais aussi l'idée d'un écoquartier. Il y a là une critique des bobos (des bourgeois bohèmes) qui prétendent être écolos parce qu'iels vivent dans un éco-quartier, tout en ayant un 4x4... Et la seconde partie prend les allures d'une enquête, presque d'un thriller. 

Bien que j'ai apprécié ma lecture, elle ne m'avait pas non plus transcendée, d'autant plus que je n'avais pas bien compris la fin. Mais après en avoir discuté avec Julia Deck, c'était plus clair. Et cette rencontre, très intéressante, m'a permis d'en apprendre plus sur son processus d'écriture. 

Cette histoire m'a fait penser à la série Desperate Housewives. Il s'agit de personnes riches qui vivent dans une banlieue chic et qui veulent tout savoir sur leurs voisin·e·s. Et puis... vient l'enquête policière, les questions sur les gens qui vivent juste à côté de chez nous... Le tout saupoudré de pas mal d'ironie et d'humour, et Julia Deck nous a vraiment emmené·e·s dans un Wisteria Lane à la française, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Un roman mordant, critique et agréable à lire malgré quelques défauts. 

15/20

mardi 17 septembre 2019

La vie en chantier, de Pete Fromm


Auteur·trice·s : Pete Fromm
Traducteur·trice·s : Juliane Nivelt
Éditeur·trice : Gallmeister
Collection : Americana
Pages : 381
Date de parution : 5 septembre 2019
Genre·s : Roman, contemporain

Synopsis : Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi. Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis. Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.

Mon avis : Jusqu'à présent, je n'ai lu que trois livres de Pete Fromm, que j'ai tous adorés. C'est avec une grande impatience que je me suis plongée, le jour de sa sortie, dans son dernier roman, sans avoir pris la peine de lire le résumé (et que je suis plutôt contente de ne pas l'avoir fait, cela m'a permis d'apprécier pleinement l'histoire).

La vie en chantier, pourquoi...? Parce que Taz doit tout gérer : la rénovation de sa maison, sa fille, Midge, qui vient de naître... et aussi le décès de Marnie, sa femme, morte en couches... Pour la seconde fois consécutive, l'auteur nous entraîne dans une histoire d'amour bouleversante (bon, pour le précédent livre, je ne fais que relater ce que j'ai entendu, ne m'étant toujours pas plongée dedans...). 

Mais, contrairement à ce qu'on pourrait penser, il ne s'agit pas ici d'un roman larmoyant, malgré la dureté du thème : le deuil. Nous allons suivre Taz dans sa reconstruction, son apprentissage en tant que père célibataire (et papa, tout simplement). Heureusement, il est aidé par sa belle-mère, Lauren, mais aussi son meilleur ami, Rudy, et d'Elmo, la baby-sitter de Midge. 

Malgré toutes ces personnes qui gravitent autour de lui, Taz sombre dans la solitude et la peine, quitte à se laisser aller et à oublier les autres. Mais l'amour pour sa fille et le soutien des autres - en particulier d'Elmo, qui sera très présente - vont l'aider à sortir la tête de l'eau, petit à petit. 

C'est avec émotion que j'ai fermé cet ouvrage, à la fin prévisible mais néanmoins très belle, laissant derrière moi ces protagonistes auxquels je m'étais attachée. La vie en chantier parce qu'il faut parfois s'atteler à la reconstruire, et c'est sans doute le message que nous pouvons retenir de ce formidable roman de la rentrée littéraire. 

En dépeignant le quotidien et les épreuves de la vie avec une simplicité et une écriture qui nous porte, Pete Fromm prouve une fois de plus (bien qu'il n'ait plus besoin de faire ses preuves) qu'il est un formidable écrivain. Je remercie la maison d'édition Gallmeister pour l'envoi de ce livre et cette très belle découverte.

16/20

jeudi 15 août 2019

Le grand silence, de Jennifer Haigh


Auteur·trice·s : Jennifer Haigh
Traducteur·trice·s : Janique Jouin-de-Laurens
Éditeur·trice : Gallmeister
Collection : Americana
Pages : 354
Date de parution : 2 mai 2019
Genre·s : Roman, contemporain

Synopsis : En 2002, une vague de scandales déferle sur l’Église catholique de Boston. Un à un, des prêtres respectés du diocèse sont accusés du pire des crimes, celui d’avoir abusé d’enfants qui leur étaient confiés. Éloignée depuis longtemps de sa famille par trop étouffante, Sheila McGann est restée néanmoins proche de son frère aîné, Art, curé dévoué et populaire d’une grande paroisse de banlieue. Lorsque Art se retrouve soupçonné à son tour de proximité coupable avec un jeune garçon, Sheila rentre à Boston afin de le soutenir. Leur autre frère Mike, ancien policier, est lui aussi bien déterminé à découvrir la vérité. Leurs enquêtes croisées révéleront les doutes et faiblesses de chacun, venus de leur passé, ancrés dans leur présent.

Dans ce nouveau roman au suspense troublant, Jennifer Haigh explore avec finesse les secrets de famille et les limites de la confiance que l’on porte à ceux que l’on aime.

Mon avis : Depuis qu'il est sorti, je regarde cet ouvrage du coin de l’œil à chaque fois que je passe devant en librairie, attirée par le résumé mais n'osant pas franchir le pas. L'histoire se passe à Boston, en 2002. Le grand-frère de Sheila, qui est prêtre, est accusé par une maman d'avoir abusé d'un enfant. Au milieu des autres accusations de l'époque, celle du père Art fait également du bruit. 

Grâce à ce roman, l'autrice met le doigt sur quelque chose qui dérange et dont nous parlons peu, en dehors de l'humour noir qui dénonce et des blagues douteuses sur le sujet : la pédophilie de certains prêtres au sein de l’Église catholique. Et pourtant, ce tabou - encore très présent aujourd'hui, selon moi - porte préjudice à de nombreuses victimes. 

Seulement, Jennifer Haigh nous amène aussi à nous interroger : un homme accusé est-il forcément coupable ? Bien que je ne suis pas en train de dire que les victimes de viol mentent (les fausses accusations étant rarissimes, je pars du principe qu'il y a une victime), ce livre traite d'une personne proche du prêtre qui ne croit pas au fait qu'il ait commis ce crime.

La thématique est délicate, et je trouve qu'elle a été bien abordée. Nous avons différents points de vue, toujours racontés par Sheila (ce qui n'est pas complètement neutre, de fait). Bien sûr, nous savons ce qu'elle pense : elle est persuadée que son frère est innocent. Quant à leur autre frère, Mike, qui était policier, il est loin d'être persuadé de l'innocence d'Art... Afin de découvrir la vérité, Sheila va plonger dans le passé et dans les secrets de famille. 

Ce roman est à la limite de l'essai, tant le style d'écriture de l'autrice me fait penser qu'on nous conte quelque chose qui est réellement arrivé. Et, de fait, cette situation c'est vraisemblablement produite, à quelques détails près. Malgré cet éloignement dû à l'écriture, j'ai été touchée par cette histoire et ces protagonistes. 

Pour conclure, cet ouvrage est vraiment formidable et je suis ravie d'avoir pu le découvrir. Ainsi, je remercie la maison d'édition Gallmeister qui me l'a envoyé.

16/20